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Identité et appartenance

Photo : © Francesca Mantovani
Photo : © Francesca Mantovani



Le grain de sel d'Albert du Roy
de décembre 2009-janvier 2010 (Normandie Magazine n° 233)

À ma droite, une femme, la soixantaine, parisienne mais normande d’origine, blonde naturelle, grand-mère heureuse, informaticienne, catholique, passionnée de tennis, cuisinière hors pair, téléspectatrice raisonnable, modérément sarkozyste. À ma gauche, un homme, moustache et cheveux noirs, trente ans aux prochaines cerises, né à Marseille de parents algériens, célibataire, plombier débordé, musulman modérément pratiquant, moniteur de foot le dimanche, à peine capable de faire cuire un œuf, fan de jeux vidéos, abstentionniste par flemme. Qu’ont-ils en commun ? Presque rien. Sauf un papier plastifié qui prouve leur nationalité française. Qui leur donne à l’un et à l’autre les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et leur impose le respect des lois démocratiquement votées. Leurs identités respectives sont différentes, leurs intérêts sont parfois opposés, mais ils appartiennent à une même communauté nationale.

Comme le rappelle le philosophe Michel Serres, il ne faut pas confondre « identité » et « appartenance ». Chacun d’entre nous a son identité personnelle et unique, mais « appartient » à dix, cent, mille groupes différents, géographique, racial, politique, culturel,religieux, physique, sportif, associatif, sexuel… Et aussi national. Vouloir définir une « identité » collective, c’est forcément rejeter, exclure ceux qui ne remplissent pas certains critères géographiques, politiques, religieux, raciaux, etc. À partir du moment où l’on remplit les conditions légales d’appartenance à la communauté française, tout critère « identitaire » devient discriminatoire.

Cette remarque ne vise pas à nier que des problèmes d’intégration se posent, que des inquiétudes sont parfois légitimes, que le rappel des règles en vigueur dans lacommunauté nationale – l’instruction civique – est indispensable, que les comportements attentatoires à ces règles doivent être punis. Également que l’Histoire du pays auquel on appartient par naissance ou par choix doit être enseignée, ombres et lumières, pour que chacun comprenne comment s’est forgée cette nation. Et enfin que la laïcité, garante essentielle de la tolérance à l’égard de toutes les différences, de toutes les « appartenances », doit être rigoureusement respectée. Le choc de la mondialisation, les difficultés du mélange des cultures méritent bien des réflexions et des débats. Pourquoi neles mène-t-on pas avec plus de vigueur, plutôt que de se lancer, par calcul électoraliste, sur le terrain glissant, voire poisseux, de ce faux débat sur l’identité nationale ?


Identity and Belonging

To my right, a woman in her sixties who lives in Paris but was born in Normandy, a natural blonde,contented grandmother, computer programmer, Catholic, keen tennis player, amazing cook, discerningtelevision watcher, moderate Sarkozy supporter. To my left, a moustachioed, dark-haired man in his late twenties, born in Marseilles of Algerian parents, unmarried, busy plumber, moderately devout Muslim, spends his Sunday afternoons coaching a local football club, barely capable of boiling an egg, video game fanatic, can’t be bothered to vote. So what do they have in common? Virtually nothing, except for a plastic-coated document proving their French nationality. Which bestows on both of them the same rights and the same responsibilities. And which forces them to respect the laws passed by their democratically elected representatives. Their respective identities may be different but they belong to the same national community.

As the philosopher Michel Serres reminds us, we should never confuse ‘identity’ with ‘belonging’. We each of us have our own unique and uniquely personal identity, but we all ‘belong’ to maybe ten, twenty, a hundred or a thousand different groups, be they geographical, racial, political, cultural, religious, physical, sporting, voluntary, sexual or, of course, national. When we seek to define a collective ‘identity’ we necessarily reject and exclude those who do not satisfy certain criteria, particularly geographical, political, religious and racial ones. Once we have met the legal conditions governing our membership of the French community, all criteria to do with ‘identity’ become discriminatory.

Nothing I have said so far is intended to gloss over the very real problems of integration - some of the concerns that have been voiced are perfectly legitimate. I certainly do not deny the need for citizenship education to ensure that everyone is aware of the rules governing our national community, and anyone infringing these rules should, of course, be punished. The History of the country we belong to by birth or by choice needs to be taught warts and all so that we all understand how our nation was forged. Last but not least, it is essential that we keep faith with secularism, the guarantor of tolerance towards all differences and all ‘belongings’. The impact of globalization and theproblems posed by multiculturalism deserve careful thought. So why, instead of engaging in reasoned discussion, do we instead hurl ourselves headlong down theslippery and even sticky slope of this false debate about national identity?