L'édito du numéro 233 (décembre 2009-janvier 2010)
Par Catherine Forestier
Mesdames les conseillères, bonsoir
La décision du ministre de l’Éducation nationale de supprimer l’enseignement de l’histoire en terminale S fait du bruit. En Normandie, Philippe Duron, maire de la ville de Caen et président du Mémorial pour la Paix, qui dispense chaque année à plus de 150 000 jeunes un éclairage sur la Seconde Guerre mondiale et sur le XXe siècle, rappelle que « l’éducation et l’histoire constituent les remparts les plus efficaces contre les communautarismes, l’intégrisme et l’extrémisme ». C’est pourquoi il s’associe à « l’appel pour sauver l’histoire » signé par 21 historiens français qui voient dans l’histoire « le support des valeurs de la République et qui s’engagent avec détermination pour les défendre ».
À défaut de leur enseigner l’histoire, on pourrait peut-être apprendre aux lycéens de terminale quelles sont les institutions françaises et par qui elles sont dirigées.
En effet les présidents des conseils régionaux souffrent d’un inquiétant déficit de notoriété. Seuls 63 % des Français sont capables de donner la couleur politique de leur région et ils ne sont que 29 % à pouvoir citer spontanément le nom du président de leur conseil régional. Ainsi 22 % des Haut-Normands citent le nom d’Alain Le Vern alors que celui-ci est depuis plus de dix ans à la tête de la Région. Et à peine 15 % des Bas-Normands savent que Laurent Beauvais dirige la Région depuis 2008, quand il a succédé à Philippe Duron, élu à la mairie de Caen. Laurent Beauvais n’est donc pas (encore) passé par le suffrage universel. Ceci explique sans doute cela.
Aujourd’hui un conseiller régional sur deux est une conseillère. Mais, selon le souhait du gouvernement, en 2014, 80 % des conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour qui favorise le « vote utile , et donc exclut majoritairement les femmes, qui avaient fait une percée dans les conseils régionaux grâce au scrutin de liste. Selon toute probabilité, les femmes ne représenteront bientôt plus que 20 % des élus dans les régions… C’est, selon une conseillère régionale de Rhône-Alpes, « l’expulsion programmée des femmes des territoires » (1).
Voilà bien une mesure étrange décidée par le gouvernement alors que Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, vient de présenter une proposition de loi instaurant un quota de 50 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Et il est vrai qu’on verrait peut-être moins de souffrance, moins de mal-être au travail, moins de tendances suicidaires si le management était assuré à parité par des hommes et par des femmes…
Les femmes ont fait la preuve de leurs qualités dans le monde de l’entreprise tout comme en politique. Leur éviction de la vie politique locale signifierait un retour en arrière vertigineux.
(1) Danièle Soubeyrand-Géry
Good night, ladies, good night, sweet ladies
The French Education Minister’s decision to stop teaching history to Year 13 science stream pupils has caused quite a stir. Here in Normandy, Philippe Duron regards education and history as ‘the greatest bastions against sectarianism, fundamentalism and extremism’. Mr Duron not only Mayor of Caen but also Chairman of the city’s Peace Memorial museum, where more than 150,000 young people go each year to learn about World War II and 20th-century history. This is why he has lent his support to the ‘call to save history’, signed by twenty-one French historians who see their subject as ‘a vehicle for Republican values’ and are ‘determined to fight to defend it’.
If we do not teach these pupils history, perhaps they could learn instead about the country’s national institutions and the people who head them. It is disturbing to realize just how few people know the names of their regional council leaders. Only 63% of French people know the political complexion of their regional council and a mere 29% of them can spontaneously name its chairperson. This figure falls to 22% for people living in Upper Normandy, even though Alain Le Vern has been the council’s chairman for more than ten years, while barely 15% of their counterparts in Lower Normandy know that Laurent Beauvais has been at the helm of their regional council since 2008. The fact that he stepped into Philippe Duron’s shoes after the latter had won the office of Mayor of Caen, and has not, therefore, had to face the electorate so far may explain his low profile.
Today, half of all regional councillors are women. However, if the government has its way, from 2014 onwards, 80% of local politicians will be elected on a first-past-the-post basis, which favours the ‘useful vote’ and will therefore exclude most women, who entered the political arena by taking advantage of the list system. The proportion of regional councillors could well fall to the 20% mark. To quote a woman councillor from the Rhône-Alpes region, it is nothing less than the ‘planned expulsion of women from local government’. (1)
It is a puzzling move on the part of the government, given that Jean-François Copé, Chairman of the right-wing UMP group at the National Assembly, has just proposed a bill that would impose a 50% quota for women on the boards of large firms. It is true that we would, perhaps, see less suffering, less malaise in the workplace and fewer suicidal tendencies if companies were managed by men and women on equal terms.
Women have proved their worth in both business and politics. Their eviction from local politics would represent a hugely retrograde step.