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Voici Londres

Par Marion Baillot
Vincent Van Gogh, « Autoportrait ». Musée Van Gogh à Amsterdam
Vincent Van Gogh, « Autoportrait ». Musée Van Gogh à Amsterdam



Van Gogh épistolier

On connaît Vincent Van Gogh (1853-1890), le peintre de génie. On connaît sans doute moins l’homme de lettres.

Quand il ne peignait pas, Van Gogh lisait quantité de livres et il aimait beaucoup écrire. À tel point qu’on a retrouvé 819 missives écrites de sa main, les plus anciennes en néerlandais et les autres en français. La plupart sont adressées à son frère Théo. Ce sont de petits bijoux d’une grande qualité littéraire. La Royal Academy of Arts en a sélectionné une quarantaine, rarement montrées en public en raison de leur fragilité et de leur sensibilité à la lumière, pour les exposer à côté d’une centaine de ses toiles et dessins, comme l’Autoportrait datant de 1888, la Chaise à la pipe ou la Maison jaune peinte à Arles.

Toute cette correspondance permet de mieux éclairer son parcours artistique à cette époque charnière qui prélude à l’art moderne. Dans ses courriers, Van Gogh confie aussi bien ses problèmes personnels que ses recherches et ses découvertes picturales. Il tient son frère et ses amis peintres au courant de l’évolution de sa peinture en ajoutant des croquis.

Ces lettres permettent de faire un portrait plus nuancé de l’artiste. On a souvent donné de lui l’image d’un peintre qui travaillait dans l’improvisation et la spontanéité. C’est faux. Van Gogh annonce par exemple dans un de ses courriers qu’il veut peindre une nuit étoilée. Et trois mois plus tard, il réalise l’un de ses tableaux les plus connus.
Van Gogh n’a jamais érigé de barrière entre peinture et littérature. Ainsi écrit-il en 1888 à son ami le peintre Émile Bernard : « Il y a tant de gens, en particulier parmi nos amis, qui pensent que les mots ne sont rien. Bien au contraire, ne croyez-vous pas qu’il est aussi intéressant et aussi difficile de bien dire une chose que de bien la peindre ? »

Du 23 janvier au 18 avril 2010, tous les jours de 10 h à 18 h (22 h le vendredi). Métro Piccadilly Circus. Entrée : £12.

www.royalacademy.org.uk



Au V&A, l’art s’immisce dans le monde virtuel

La technologie peut-elle être à la source de l’art ? La question est au cœur de la dernière exposition du Victoria and Albert Museum, « Decode: Digital Design Sensations » qui explore un tout nouveau royaume dans lequel les ordinateurs deviennent les créateurs.

Sont présentés de surprenants travaux d’artistes et de designers internationaux, comme les plantes numériques de Daniel Brown dont les tiges, les bourgeons et les fleurs ne vont cesser de s’épanouir pendant toute la durée de l’exposition.

À découvrir également : Opto-Isolator, la sculpture étonnante de Golan Levin qui mêle mécanique, électronique et informatique en temps réel. Il s’agit d’un œil unique, reconstitué à l’échelle humaine, qui fixe le visiteur comme s’il cherchait à étudier sa réaction, puis détourne son regard, une fois lassé. Subitement, il imite le clignement des yeux du visiteur qui lui fait face. Un dispositif technique bluffant.

Là où un sculpteur travaillerait l’argile ou le bois, c’est le code informatique – fait de 0 et de 1 – qui est ici utilisé pour chaque installation. Autre première : le Victoria and Albert Museum a commandé des œuvres numériques qui seront présentées exclusivement sur son site internet.

Jusqu’au 11 avril 2010, tous les jours de 10 h à 17 h 45 (22 h le vendredi).
Métro South Kensington.
Entrée: £5.

www.vam.ac.uk



Les bordels d’Amsterdam à la National Gallery

C’est une installation qui a déjà suscité la controverse lors des précédentes expositions : The Hoerengracht, littéralement « le canal des putains ». Une œuvre du couple d’artistes américains Edward et Nancy Kienholz qui date de 1984-1988.

Le visiteur déambule à travers une allée glauque et sordide qui reproduit sur un mode hyperréaliste le « quartier rouge » d’Amsterdam dans les années 1980. L’installation recrée les murs de briques et les portes cochères des rues étouffantes de ce quartier de prostituées. Dans les vitrines sales illuminées par des néons rouges, des mannequins en plastique légèrement vêtus ont été disposés au milieu de cendriers à moitié pleins et de magazines recouverts de poussière.

C’est une première pour la National Gallery qui s’aventure rarement dans le domaine de l’art contemporain. Le musée se défend toutefois de tomber dans le voyeurisme pour le plaisir de choquer.

Au contraire, la National Gallery a choisi de mettre cette installation en relation avec des tableaux de maîtres flamands du XVIIe siècle qui font partie de sa collection. Des scènes de prostitution tout aussi violentes et explicites, signées Jan Steen, Godfried Schalcken ou encore Pieter de Hooch.

« C’est une exposition extrêmement sérieuse qui ne cherche pas à rendre la prostitution glamour ou romantique », explique le directeur du musée. Mais plutôt à dénoncer ce que l’humain fait de plus vulgaire et de plus délabré.

Jusqu’au 21 février 2010, tous les jours, de 10 h à 18 h (21 h le vendredi).
Métro Leicester Square. Entrée gratuite.



Les grandes expos

Jusqu’au 7 mars 2010. Victoria and Albert Museum. Elegant Accomplishments: The Art of Noh Performance. Des masques, des robes et des estampes issues de la collection permanente du musée et célébrant l’art théâtral et dramatique japonais, le Nô. Métro South Kensington.

Jusqu’au 21 mars 2010. National Portrait Gallery. Twiggy: A Life in Photographs. Une exposition photo en hommage à Twiggy, « la brindille » – de son vrai nom Lesley Hornby – premier top modèle et icône des années 1960, devenue le symbole de la mini-jupe créée par Mary Quant. Métro Leicester Square.

Jusqu’au 5 avril 2010. British Museum. Revolution on Paper: Mexican Prints 1910-1960. La première exposition européenne à s’intéresser à la peinture et à la gravure mexicaine de la première moitié du xxesiècle et notamment aux adeptes de la fresque murale, les « Trois grands » : Diego Rivera, José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros. Métro Holborn.