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C'est à lire




Fragments de paradis

Longtemps, Christian Bobin n’a écrit que pour une poignée de lecteurs, happy few séduits par l’élégance de l’écriture et la beauté du trait. L’accueil réservé à son dernier opus, Les Ruines du ciel, publié chez Gallimard, souligne un succès, public et critique, qui va croissant.

Pas de trame narrative ici, des fragments plutôt ; morceaux de ciel, éclats de vérité, parcelles du monde, qui rayonnent autour de figures choisies : Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal, Pascal, Louis XIV. L’écriture oscille entre un présent d’éternité et des incursions dans le Grand Siècle : « Au dix-septième siècle même les garçons d’écurie parlent cette langue où les mots s’entrechoquent comme des verres de cristal remplis d’une lumière printanière. »

Sur les pas de Jean Follain, poète normand que Christian Bobin cite volontiers, un hommage aux êtres et aux choses de son monde, disparus ou à disparaître. Les religieuses de Port-Royal célébrées par sa plume sont autant de figures d’intercession qui ouvrent au lecteur les voies du monde, sinon du ciel : « Le sens de cette vie c’est de voir s’effondrer les uns après les autres tous les sens qu’on avait cru trouver. » Un chat noir, comme une pensée charbonneuse, passe.

« Il n’y a aucune différence entre le paradis et l’enfer. » Les traces de la vie et de la mort, entremêlées, se font parcelles de divin : des miettes de pain, ou trois roses fatiguées ; un bouquet de mimosa auquel l’auteur veut rendre grâce ; le peigne en or d’une poupée. « J’ai surpris les yeux de Dieu dans le bleu cassant d’une petite plume de geai. » L’écriture poursuit le monde, ou le rêve du monde. « Je ne sais pas vivre mais qui le sait ? » Christian Bobin traque le réel dans ses éclats ou ses obscures paillettes, dans toute sa lumière blanche et ses reflets dorés.

Christian Bobin, Les Ruines du ciel,
Gallimard, août 2009, 182 pages, 15,50 €.

Gwenaëlle Ledot



Vue sur la mer

L’acuité d’un regard sur les petites misères de l’époque : Nicolas Fargues s’inscrit dans la comédie sociale, esprit Bacri-Jaoui. Une influence cinématographique qu’il revendique pleinement. Ce sera donc une chronique douce-amère, construite comme un scénario, que son Roman de l’été.

John Bennet a cinquante-cinq ans. Amateur de jolies filles, célibataire et père de la charmante Mary, il jouit en dilettante d’un héritage confortable : il s’agit de profiter de la quiétude estivale, sur les côtes normandes, pour se lancer dans l’écriture. John cherche un incipit, John s’enferre dans les affres de la page blanche, tout en rêvant de gloire littéraire. Las ! Sa fille débarque avec une très attirante camarade et de piquants démêlés amoureux ; les notables locaux lancent des invitations de convenance ; une vedette de la télé vient promouvoir un roman à succès. Les entraves du quotidien embarrassent notre écrivain. Qui s’accroche pourtant à son projet : « Un roman forcément destiné à être remis à un éditeur dans une chemise cartonnée extensible à sangle de nylon. Un roman destiné à être publié dans la collection “Blanche” de Gallimard exclusivement. Un roman à la Gary, à la Modiano, à la Le Clézio ou à la Kundera, avec un beau titre simple et grandiose, du genre Le Bel Été. » Scènes de la vie de province et satire des milieux parisiens… tout s’organise, dans l’ironie et la distance, autour d’un mini-drame local : le voisin de John veut percer un trou dans le mur mitoyen pour jouir de la « vue sur mer ».

Si le roman offre quelques jolies descriptions des plages du Nord-Cotentin, Fargues se tourne plus volontiers vers quelques bons morceaux satiriques : malentendus familiaux, savoureuse rencontre avec l’improbable auteur du Sanglot madécasse, visite aux Parisiens bobos, comme autant de tableaux, acides et ensoleillés, de notre été normand.

Nicolas Fargues, Le Roman de l’été,
POL, août 2009, 324 p., 19,50 €.

Gwenaëlle Ledot


Ce fripon de Sévigné !

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné… Qui n’a pas lu, un jour, l’une de ces lettres adressées par la marquise à sa fille, la bien-aimée Madame de Grignan ? La voix alerte, les subtilités de la belle épistolière sont léguées à la postérité : grâce inimitable qui sème le mot choisi et le trait d’esprit, reconnaissables entre tous.

L’ouvrage de Bruno de Cessole, inscrit dans les marges, semble oublier un instant la fille et la mère pour faire entendre la voix du fils. Charles de Sévigné est, aussi, le « moins aimé » de la famille.
Sous sa plume, la musique du Grand Siècle charme l’oreille, tandis qu’une étonnante galerie de portraits enchante l’œil : on y croise Scarron et Louis XIV, la belle et brillante Ninon de Lenclos, Madame de La Fayette (grande amie de la marquise) et La Rochefoucauld, qui dispense au jeune Charles quelques conseils avisés. Les chantres de « l’extrême beauté » de la marquise de Sévigné s’y font entendre, çà et là.

Trois strophes du bonhomme La Fontaine, quelques pointes de Benserade, des stances de Saint-Pavin… Le lecteur goûte avec grand plaisir l’immense culture de Cessole. Se rappellent à lui, comme une bonne surprise, tous les Diafoirus de Molière, les longs romans de Mlle de Scudéry et l’esprit des salons.

Quant au fils, mal aimé ou moins aimé… Charles de Sévigné, délaissé par sa mère, grandit, séduit, (« Ah, mon père, pourquoi m’avez-vous fait si beau ? »), fait la guerre… Trompettes et tambours se substituent aux madrigaux et épigrammes. « Quinze années à affronter tantôt la pluie, les bourrasques et le froid, tantôt les mousqueteries, les canonnades et les charges de l’ennemi. » Charles se heurte pourtant à l’incompréhension de sa mère qui rejette ses choix, l’humilie à l’occasion et semble lui refuser la possibilité du bonheur. Le fils lui écrit une très longue lettre, l’aveu du moins aimé…

Bruno de Cessole a reçu en janvier 2009 le prix des Deux Magots pour son précédent ouvrage, L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident.

Le moins aimé, Bruno de Cessole, éditions de La Différence, août 2009, 283 pages, 17 €.

Gwenaëlle Ledot



« Aller simple »
par Annie Jeanne

Une femme se sépare de son amour. Du moins elle l’a résolu. Quelque chose, d’abord, s’est fêlé dans son couple ; et puis elle a rencontré un autre amour. Dans le train qu’elle a pris pour le rejoindre, elle essaie de faire le tri des émotions qui l’assaillent.

Bon, direz-vous, la même chose est arrivée à peu près à tout le monde… Oui, mais Anne, l’héroïne, vient de lâcher les longs cheveux noirs de Camille pour « des boucles cendrées », celles de Sabine avec laquelle elle a retrouvé le goût d’aimer. « Pourquoi ai-je quitté Camille ? Parce que je n’ai pas supporté de voir notre passion se noyer dans la routine. Et Sabine a réveillé une étincelle qui m’est nécessaire pour vivre ». Un triangle amoureux, qui, pour être uniquement féminin, n’est pas moins passionné. Cet homme qui la regarde, dans le train, « Que prétend-il connaître à l’amour ? À la passion entre deux femmes ? Rien. Il ne sait rien. Il ignore tout de mon amour sans bornes pour la femme. Jamais il ne pourra, ne saura, aimer les femmes comme je les aime ».

Pas si simple de mettre un point final à une histoire d’amour. Anne va réaliser, durant ce voyage de Nice à Nevers, qu’elle est encore prisonnière du charme de Camille et de tous leurs souvenirs. Alors, quand elle retrouve Sabine sur le quai de la gare, ce n’est pas « Maintenant », c’est « Plus tard… peut-être ». « Je ne suis pas libre d’aimer car je n’ai pas tourné la page »… Annie Jeanne, dont c’est le premier roman, a mis dans ce récit toute sa passion, toute sa véhémence, et toute sa vérité.

Éditions Thélès, 132 p., 15,90 €.

C. F.



« L’appel des rizières »
par Corinne Javelaud. Préface de Bernard Gourbin

Than Nguyen, le jeune héros vietnamien que Corinne Javelaud suit à la trace dans ce beau récit, est de ces êtres qui se questionnent sur le mystère de leurs origines inconnues sans même se demander ce qu’ils seraient devenus s’ils avaient grandi à l’orphelinat.

La famille qui recueille ce petit être adopté à l’âge de quelques mois lui cache trop longtemps la vérité sur ses origines. Cette trop longue attente des explications va renforcer l’exigence qui, très vite, le hante : aller puiser à la source pour trouver la réponse. À vingt-cinq ans, il part pour « son » pays, rejoint l’orphelinat de Tunang où il avait été adopté et se lance dans la grande aventure. Les conseils du vieux sage Thien et de sa nièce Kim lui permettront-ils d’aboutir ? Le jour où Than détiendra la réponse, devra-t-il repartir ? S’il restait, ne deviendrait-il pas un étranger sur son propre sol ? C’est la question posée à la fin d’une intrigue psychologique remarquablement construite.

Ce périple initiatique va trouver son dénouement dans la révélation d’un brûlant secret. Au fil des pages, les références à Lao-Tseu, le vieux sage légendaire du taoïsme, révèlent, bien loin de nos utopiques réalités occidentales, une spiritualité où les dieux comptent moins que les maîtres à penser.

Corinne Javelaud nous décrit un Sud-Est asiatique qu’elle connaît fort bien. Cette grande voyageuse, qui partage son temps entre la région parisienne et l’Eure, est chez elle dans les rizières indochinoises. Avec elle, les lecteurs s’imprégneront de la mélancolique musique de leurs eaux dormantes.

L’Appel des rizières, Corinne Javelaud, Passion d’écrire, Dorval Éditions, mai 2009, 205 p., 19 €.

B. G.



« La Manche vue du ciel »

La Manche comme vous ne l’avez jamais vue ! 54 minutes d’images exceptionnelles réalisées par l’agence vidéo Biplan à Cherbourg pour (re)découvrir le département de la Manche, du Mont Saint-Michel à Cherbourg, de Saint-Marcouf à Chausey, de la pointe de la Hague au pays de Mortain, du val de Saire à la baie des Veys… à travers le regard des écrivains Gilles Perrault et Alexis Salatko, de Frère François, du paléontologue Dominique Cliquet, de l’entraîneur de courses hippiques Pierre Lévesque et du skipper Matthieu Alluin, patron de la bisquine de Granville (filmé l’été 2009 en haute définition).

19,90 € TTC. En vente chez les buralistes, les supermarchés et en ligne sur


www.laboutique5050tv.com
www.lamanchevueduciel.com