La couverture de notre numéro 227, consacrée à la réunification de la Normandie, n'a pas enthousiasmé Corinne Féret, vice-présidente du Conseil régional de Basse-Normandie. L'équipe permanente de Normandie Magazine (entièrement féminine !) a été sensible, elle, à son humour. Et vous ? Pensez-vous que cette vision de « la Femme » est « stéréotypée, sexiste et dégradante » ? Nous attendons vos réactions.
Madame la directrice,
J'ai découvert avec stupeur la couverture du dernier numéro de Normandie Magazine, portant sur la réunification. Le dessin choisi pour illustrer la Une me paraît complètement déplacé et hors propos.
En reléguant la Femme au rang de trophée à conquérir pour celui qui fera monter le plus haut les enchères, ce dessin conforte une représentation stéréotypée, sexiste et dégradante dont sont victimes les femmes. On aurait pu espérer qu'une telle image serait un lointain souvenir en 2009 !
Il n'existe d'ailleurs aucune cohérence entre le dessin et le contenu du propos, ce qui me renforce dans l'idée que Normandie Magazine a cédé à une facilité et à un lieu commun en retenant cette « illustration ».
Ce choix est d'autant plus regrettable et inopportun que l'on s'apprête à célébrer la Journée de la femme, instaurée en France en 1982.
Cette journée du 8 mars sera l'occasion de rappeler avec force que le combat pour l'égalité et le respect de la dignité des femmes reste encore d'une criante actualité.
Je vous prie de bien vouloir recevoir, Madame la directrice, mes sincères salutations.
Corinne Féret, vice-présidente du Conseil régional de Basse-Normandie (Caen, le 2 mars 2009)
Les réactions
Une Une qui fait réagir c'est idéal pour entamer un débat… (sur la censure par exemple). Heureusement (pour moi et) pour cette lectrice que je n'ai pas dessiné les images des scènes suivantes…
Madame la vice-présidente, c'est juste un dessin, de l'humour, un peu de sourire. On aime ou on n'aime pas, tout cela est très subjectif.
Je pense qu'il y a beaucoup plus d'énergie à consacrer dans votre domaine, la politique, pour faire évoluer la condition féminine, que de s'attarder sur un dessin et de vous immiscer dans le choix d'une rédaction. Même si la tendance actuelle est au mélange des genres.
De mon côté en tant que dessinateur, je me réjouis que des magazines choisissent l'illustration pour leurs unes. Un combat aujourd'hui à mener, redonner à l'humour sa place et ne pas tout déformer sous couverts de causes certes légitimes, mais dans ce cas totalement déplacées.
Laurent Deloire, caricaturiste (St Paul en Jarez, le 6 mars 2009)
Je ne vois en rien quelque chose de sexiste dans ce dessin. Il semblerait que ce soit du sexisme à l'envers : Madame est courtisée certes mais à l'ancienne comme le faisait les chevaliers du Moyen-Âge. je vois là une preuve d'amour courtois.
Par ailleurs on peut se féliciter que ce journal face sa une avec du dessin. Cela aussi date du Moyen-Âge malheureusement pour la profession.
Chère madame s'il n'y avait que des offenses à l'encontre du sexe dit faible de ce type cela ne ferait certainement pas la une du JT de TF1.
Alain Nalair, dessinateur (Limoges, le 6 mars 2009)
Je ne vois pas, sur le dessin, de joutes entre deux prétendants en rut. Je ne vois pas non plus de nombreuse assistance pour la vente aux enchères, autre que les deux amoureux qui n'offrent qu'un bouquet de fleurs. Très chère Corinne Féret, n'avez vous jamais eu deux prétendants en même temps ? Se sont-ils battus, ou vous ont-ils mis sur une estrade pour une vente aux enchères ? Chaque jour, je comprends mieux où passe l'énergie de nos élus. Certes la condition féminine doit encore évoluer, mais, de grâce, pas dans ce sens là ! Daumier doit bien se marrer…
JG Navenot (Luceau, le 6 mars 2009)
Cette couverture n'est pas choquante, elle n'est ni bête ni méchante. C'est de l'humour sympa.
Philippe Cassard (Sées, le 8 mars 2009)
Les carricatures rebondissent Selon Corinne Féret, les Normands nouveaux devraient privilégier une moralité intégriste made in France. Heureusement que la dame (du dessin) a les fesses en Grande-Bretagne. Là où on préserve précieusement un sens de l'humour millésimé.
Nicole Tribehou (Saint-Lô, le 7 mars 2009)
Vive l'humour et l'intelligence. Il faudrait plus d'humoristes afin que notre monde s'améliore, au lieu de sombrer dans ce rigorisme stérile des "dits" biens pensants qui se prennent pour l'élite.
Jean-Pierre Choler (Meyzieu, le 7 mars 2009)
La bêtise est loin d'être un lointain souvenir en 2009. Ou bien peut être le regret de ne pas être être courtisé…
Gérard Menvusat (Orléans, le 7 mars 2009)
Comment s'offusquer d'un humour bien anodin et bien français sans prendre le risque de paraître "coincé". Si cela peut être utile pour la prochaine fois, le dessinateur pourrait représenter un "chippendale"… histoire de décoincer !!! Sachons garder la tête (froide) sur les épaules !
Jacques Brifault (Notre-dame de Bliquetit, le 7 mars 2009)
De quoi de quoi..? Ce plaisant et pertinent dessin serait sexiste ??? Ô mânes de Reiser ! Ici, cette souriante démonstration de séduction (c'est seulement de cela dont il s'agit) suivait pourtant les chastes préceptes du "dites-le avec des fleurs". Mais faudra-t-il qu'à l'instar des représentations du Prophète, l'on interdise désormais celles des lits ?… A s'offusquer ainsi de choses badines, chercherait-on des verges pour se faire battre ?
Car enfin, il est des choses bien plus graves que le Caen-dira-t-on : Songez déjà que Delacroix est la bannière de la pornographie, avec son indécente "Liberté guidant le peuple", aussi déplacée et hors de propos que stupéfiante.
Cachez ce sein que nous ne saurions voir, cachez ces lits, ils dégradent l'image de la femme.
Jean-Marie Bertin (La Meignanne, le 6 mars 2009)
Hilarant! Je pense que Madame Feret a beaucoup d'humour car il ne peut s'agir que de cela ! Elle doit bien savoir qu'il vaut mieux être du côté des rieurs… Dans le cas contraire je suggère à la rédaction de Normandie Magazine de lui faire parvenir l'excellent ouvrage d'Elisabeth Badinter, Fausse route (Odile Jacob). Gardez votre liberté de ton et de pensée !
Pierre Géhanne (Suresnes, le 6 mars 2009)
On ne discute plus,on ne salue plus, on méprise ! Extrait approximatif d'une réplique d'"Un singe en hiver"
Pierre-Marie Hébert (Rouen, le 10 mars 2009)
Le plus immoral dans tout cela, c'est qu'elle va choisir… les deux !
Dominique Brichard (Dozulé, le 10 mars 2009)
Bonjour à toutes et à tous,
J’ai beau lire et relire, je suis extrêmement étonnée de l’interprétation de Madame Corinne Féret. Je ne vois pas ce qui peut être sexiste ou dégradant. Bien au contraire…
La pratique de l’allégorie est loin d’être nouvelle : rappelons-nous tous ces arts, la République ou encore la Monarchie représentée sous les traits de femmes qui par ailleurs sont souvent autrement dénudées que dans le présent dessin.
La Normandie que nous montre le dessinateur est une femme jeune, dynamique et souriante ; elle a les bras croisés ce qui signifie qu’elle attend ou refuse le dialogue (ou ce qu’on lui propose). Dans tous les cas, elle ne se présente pas du tout tel un éventuel trophée ; elle est au contraire en position de "dominance" : c’est elle qui décide. En poussant à l’extrême, ce dessin devrait séduire les féministes : représentation d’une femme décisionnaire, libre dans ses choix, etc.
Si je suis un peu triste de cette mauvaise interprétation, permettez-moi Mesdames les Rédactrices de vous féliciter d’avoir placé un dessin de presse (par ailleurs frais et pertinent) à la une de votre magazine ; cette démarche est malheureusement devenue plus que rare…
Bonne continuation !
Valérie Munch (Paris, le 10 mars 2009)
Par définition, les villes sont du genre féminin, alors pourquoi deux soupirants ? Un peu d'humour, que diable ! Sourions !
William Simon (Notre Dame de Bliquetuit, le 13 mars 2009)
Il aurait pu dessiner une grosse vache (normande) à la place de la jolie jeune fille… là… peut-être aurait-il fallu crier au scandale zoophile à moins que Vomorin ne dessine également deux beaux taureaux de la pampa…
La Muerté Battistini (Nogalès, Nouveau Mexique, le 13 mars 2009)
Cette caricature est pertinente , sensuelle et de bon aloi.
J'insiste sur la pertinence : car partisan de la Normandie unie, j'observe que c'est la question de la "capitale normande" qui fait cliver les acteurs politiques et pose problème à une réunification rapide.
Cette caricature est non seulement pleine d'humour, mais aussi de vérité, et je dis bravo à l'artiste qui nous l'a forgée.
Bien à vous, longue vie à Normandie Magazine, qui a la passion de la région chevillée au corps.
Yuca De Taillefer (Normandyville, le 13 mars 2009)
Mme Féret a raison de souligner l'absence de « cohérence entre le dessin et le contenu du propos » : le prétendant rouennais est… une prétendante (Valérie Fourneyron) ! ce qui est déjà un peu plus post-moderne, sauf que malheureusement l'attitude de ladite prétendante est fort… cavalière. À l'entendre vanter sa taille comme seule raison d'emporter le morceau, comparé à Caen qui se la joue plus en douceur, on pourrait craindre l'invocation d'un quelconque droit de cuissage pour conquérir de haute lutte le droit de guérir la belle de son dédoublement de personnalité.
PS : Et où est Le Havre dans cette joute ? Sous le lit ? Dans… le placard ?
Nicole Monrial (Sées, le 14 mars 2009)
Au nom de tous les hommes qui parfois oublient la St Valentin, l'anniversaire de mariage ou celui de leur chère compagne, Madame Merci. Fini les " Le fleuriste était fermé ", " Impossible de se garer ", et autres tentatives pour se justifier de ne pas être à vos pieds, un bouquet à la main. J'entends déjà les - " Chéri, tu remarqueras que j'ai le bon goût d'éviter les déclarations d'amour et les fleurs, ce qui ne manquerait pas d'entacher notre relation d'un soupçon de mercantilisme entrainant une atteinte à ton intégrité féminine ", imparable sésame pour éviter les cris et les pleurs. Si l'argument semble soutenable, je ne vais pas prendre le risque et continuer à offrir des fleurs et tant pis si je passe pour un goujat, j'assume.
Jean-Michel Gruet (Amilly, le 15 mars 2009)
Corin' tit' goutte Mâme Féret ?!
Romuald Lechevallier (Caen, le 17 mars 2009)
Au secours Christian,
reviens nous tourner quelques vers malins pour dérider notre élue régionale !